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La Grèce, l’Euro et la finance comportementale

La crise de la dette grecque, et la crainte des effets de contagion de celle-ci ont mis l’euro et les marchés actions de la zone euro sous pression.

La devise européenne a ainsi perdu -13% de sa valeur face au dollar depuis mi-octobre et l’indice EuroStoxx 50 est en baisse de près de -7% depuis le début de l’année. Pourtant, cette réalité ne doit pas masquer le fait qu’ailleurs sur la planète financière, les bourses s’inscrivent toujours en progression, que ce soit aux Etats-Unis, au Japon et dans une moindre mesure dans les pays émergents…

Si une baisse modérée de l’euro semble arranger tout le monde, à commencer par l’Allemagne, dont l’économie reste largement orientée vers les exportations, un discours plus préoccupant commence à se faire entendre sur les marchés financiers : le risque d’un éclatement pur et simple de la zone euro, thèse véhiculée tant par des gérants de hedge fund (comme par exemple George Soros et Louis Bacon, qui jouissent tous deux de track-records de long terme enviables) que par les économistes Charles Gave et Joseph Stiglitz (cf liens ci-dessous)

 http://www.businessweek.com/news/2010-02-28/euro-may-not-survive-greece-s-deficit-crisis-soros-says.html

 http://www.businessinsider.com/louis-moore-bacon-greek-bailout-us-economy-hedge-funds-2010-4

 http://www.dailymotion.com/video/xck13c_charles-gave-euro-ligne-maginot-mem_news

 Il est intéressant de constater que ces critiques, qu’on les juge fondées ou pas, émanent toutes de personnalités implantées en dehors de la zone euro, et qui n’utilisent par conséquent pas l’euro dans leur vie de tous les jours (Soros, Louis Bacon  et Stiglitz sont américains, et Charles Gave est implanté depuis longtemps à Hong Kong).

 C’est sans doute là qu’est le danger pour les investisseurs européens : la finance comportementale a en effet démontré l’existence d’un biais local, également appelé biais de familiarité (« home bias » - cf French & Poterba - 1991) chez les investisseurs, qui influe à la fois sur la façon d’investir (le pays d’origine de l’investisseur est souvent largement surreprésenté dans son portefeuille par rapport à l’allocation supposée optimale) et sur la façon de penser (les investissements non-domestiques étant incorrectement perçus comme systématiquement plus risqués).

 Si ce biais peut s’expliquer pour partie par des éléments rationnels (meilleur accès à l’information, volonté de limiter son risque devise), bien souvent, le biais local trouve sa source dans des considérations irrationnelles : manque d’objectivité et excès de confiance de la part des investisseurs dans leur propre pays, notamment.

 

La situation grecque et la pression actuelle sur les actifs de la zone euro est intéressante dans le sens où elle crée une dissonance cognitive pour les investisseurs européens (d’un côté l’investissement domestique est perçu comme moins risqué, de l’autre le début d’année montre que ce n’est pas le cas), dont la résolution pourra se traduire par une situation de prise de décision d’investissement sous-optimale.

 

Si le biais local parvient à dominer le processus cognitif de l’investisseur, le risque pour l’investisseur est au mieux un coût d’opportunité (par un sous-investissement sur les actifs non-domestiques sur-performants), au pire une surexposition dangereuse à un actif risqué liée à une sous-estimation du risque (la probabilité de matérialisation de l’événement « éclatement de la zone euro » étant assimilée à un « risque zéro »). Si au contraire la résolution de cette dissonance cognitive passe par la reconnaissance des faits, elle peut contribuer à des ventes de panique des actifs domestiques liés à l’euro, amplifiant la tendance et créant des événements extrêmes.

 Quoiqu’il en soit, la lecture de la crise Grecque à la lumière de la finance comportementale doit inviter les investisseurs à effectuer un travail de réévaluation des risques de leurs portefeuilles, en reposant sérieusement la question de la diversification internationale de celui-ci.

Emmanuel Regnier

Gérant Pôle Allocaton d'actifs

Rédigé le 4 mai 2010

 

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